Green Gables

Quelquefois, il m’arrive d’écrire. Ce n’est rien de spectaculaire mais au moins je me sens bien. Ca me permet de m’évader dans mes pensées sans me focaliser sur des choses qui me minent. J’ai récemment retrouvé des brouillons sur mon ordinateur, et j’ai pensé qu’il serait sympathique de les partager. Ce texte-là a une atmosphère qui me plait énormément. Un peu humide, brumeuse, sombre mais rassurante. En tout cas à mes yeux.  C’est à peu près la même chose pour les photos. Quand il m’arrive d’en faire, c’est toujours avec le mode sport. Les photos sont plutôt sombres et on dirait qu’elle ont été prises avec peu de lumière et un ciel couvert, alors que ce n’est pas forcément le cas. Un peu comme certains filtres instagram, mais au moins ce n’est pas une modification de la photo.

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Ses cheveux ondulaient au vent, dévoilant une nuque de porcelaine où se détachait le fermoir d’un petit collier. Elle avait la tête baissée et regardait une lettre froissée entre ses doigts fins, la falaise à ses pieds, les vagues claquant contre la paroi avec un grand fracas. Des gouttelettes formaient des arcs en ciel mais elle ne semblait ne pas le remarquer. Elle se tenait immobile, toute menue, comme un arbre décharné en plein hiver. Sa robe de soie verte s’accordant agréablement au roux flamboyant de ses cheveux longs, plissant aux coups de vent, lui donnait un air de statue grecque. Je la regardais de loin, l’esprit chamboulé par cette vision inattendue sur la grève que je fréquentais si souvent. D’habitude seul, j’arpentais les champs pour un peu de calme. Mais aujourd’hui, quelqu’un en avait décidé autrement. Lentement, elle tourna la tête. Sa bouche rouge se crispait dans une moue de tristesse, et ses yeux qui devaient habituellement pétiller de bonne humeur, étaient humides de fraiches larmes. Elle glissa une mèche de ses cheveux derrière l’oreille, et fixa son regard au loin. Je me demandai ce qu’elle pouvait bien faire là, aucune maison ne se trouvait aux alentours, et la ville était assez loin. Elle aurait tout aussi bien pu venir à pied comme moi, mais ils étaient nus. Ses petits pieds aussi menus que ses mains étaient nus. Elle m’intriguait. Cette jeune fille sortie de nulle part m’intriguait. Je m’approchais doucement, espérant qu’elle ne me remarque pas. Et elle ne le fit pas. Le bruit de la mer cachait celui de mes pas dans l’herbe verte et haute qui bordait le chemin tracé par quelques animaux. Au lieu de cela, elle prit la lettre, la regarda une dernière fois, et la déchira en mille morceaux qu’elle laissa ensuite s’enfuir avec le vent. Et elle éclata en sanglots, que la brise portait jusqu’à moi. Elle s’arrêta d’un coup, et essuya rageusement ses yeux de ses petites mains de marbre. Y laissant des marques noires de maquillage. Ses bras à la peau tendre se hérissaient de chair de poule. J’imagine qu’elle ne se rendait pas compte de la fraicheur qu’il pouvait faire ici, par cette fin d’après-midi de septembre. J’avais rapidement enfilé mon ciré par-dessus mon pull, et moi-même je frissonnais. A une dizaine de mètres devant moi, elle se mit à faire des aller-retour entre les rochers d’un éboulement, et un plan d’aubépine qui se battait vaillamment contre le temps assez rude qu’il pouvait faire au bord de la mer. Elle porta ses mains au fermoir du collier qui agrémentait si délicatement son cou et le quitta. Le pendentif avait la forme d’une croix. Mais une croix différente de toutes celles qu’il m’était arrivé de voir. Huit branches s’en détachaient, entrelacées de lys. Une petite colombe pendait de la branche la plus basse et tenait dans son bec une perle noir d’ébène. Elle caressa pendant une seconde la chainette de son bijou, et le jeta. Je vis toute l’ardeur qu’elle mit dans son geste. Majestueuse. Elle tira le ruban lui enserrant la taille, et remonta ses cheveux, dégageant son visage de poupée. Elle ferma les yeux, et sembla apprécier la légère brise embrassant ses pommettes, ses joues, son nez, ses paupières, son visage tout entier. Tout d’un coup, elle prit une grande inspiration en s’élançant vers le bord. Et sauta. Le parfait saut de l’ange.

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