Charlie Hebdo

Il y a maintenant plus d’une semaine que le silence tombait dans les bureaux de Charlie Hebdo.

Mercredi dernier, deux terroristes armés et portant des gilets pare-balles sont entrés dans les locaux du magasine satirique et ont assassiné froidement bon nombre de personnes de la rédaction et quelques invités, lors de la première conférence de l’année 2015.

Il y a très peu de mots pour exprimer les sentiments qui m’ont envahie quand, dans un restaurant, mes parents et moi avons lancé un regard à la télé et appris ce qu’il venait de se passer à quelques heures de train de chez nous. Sur le chemin du retour, mon père a pleuré dans la voiture. Je lui ai demandé pourquoi, et il m’a expliqué que chacun des illustrateurs ayant trouvé la mort ce jour là avait bercé son enfance. Jeune, il avait connu le Hara-Kiri (journal satirique, grivois et cynique auquel participa Wolinski) fondé en 1960, puis Charlie Hebdo, et connaissait le style de chacun de ces dessinateurs.

Moi, je ne les connaissais pas mais je savais ce qu’était le magasine, et je savais que ça s’apparentait au Canard Enchainé. Et pourtant, j’avais l’impression de lutter contre une flèche tirée en plein coeur. Comme si, ces deux terroristes avaient tué un proche. Les pensées se bousculaient dans mon esprit, si bien que j’avais, et ai toujours, du mal à formuler ce que je ressentais.

La liberté d’expression est un des droits fondamentaux de la République Française d’aujourd’hui. Seulement, et il ne faut pas se voiler la face, nous nous auto censurons de manière générale en société avec les « ce qui se dit & ce qui ne se dit pas ». Charlie Hebdo faisait partie de ces groupes de personnes qui ne faisait pas cette différence et formulait ce que nous n’osions pas dire à haute voix. Et nous en avons besoin, car sinon nous nous enfermons dans un cercle vicieux de non-dire qui ne nous conduira qu’à l’implosion pure et simple. En attaquant Charlie Hebdo, c’est comme si on avait empiété sur mon espace vital. Cet espace de bien être et de liberté qui m’entoure et dont le rayon fait le longueur de mon bras. C’est comme s’ils avaient piétiné cet espace, craché dessus et m’avaient provoquée.

Ce qui m’affecte aussi beaucoup est que, sans réfléchir aux autres, ils ont abattu des êtres humains qui avaient une famille et des proches. Des êtres humains, qui avaient une vie, une voix, qui respiraient et qui faisaient ce qu’ils aimaient. La fille de Wolinski, Elsa, a écrit une lettre à son père à la demande du magasine ELLE, qui m’a particulièrement touchée car, que ce soit en période de guerre, que ce soit un meurtre, ou que ce soit un attentat, trop peu de gens pensent aux personnes qui sont laissées derrière quand une autre disparait. J’ai pleuré en lisant cette lettre. J’ai pleuré parce que personne n’a le droit de décider quand va survenir la fin d’un être humain.

« Papa, t’es là ? Tu m’entends ?
Si t’es là, fais-moi signe… Envoie-moi un dessin.
Bon, ben, tu m’entends pas, je m’en doutais un peu.
Depuis que t’es mort, je me dis que tu dois enfin savoir si Dieu existe.
Tout le monde t’imagine dans le ciel, avec des filles à poil, en train de te marrer. Mais, moi, je sais ce que tu fais. T’as dû demander un stylo pour te dessiner une table, des feuilles et une lampe. Et puis, maintenant, tu te dessines un double de maman pour qu’elle soit avec toi, même là-haut. Ah, et puis tu t’es fait un lit pour ta sieste. C’est sacré, la sieste chez Wolinski.
Tu sais, je dors dans ton lit. J’ai d’ailleurs dû asperger ta chambre de mon parfum, ça sentait trop toi. C’est bizarre de me coucher à ta place. Mais je suis bien avec toi, là, dans tes draps. Maman t’avait offert un pantalon, t’as pas eu le temps de le mettre. Au fait, papa, j’en profite, est-ce que je peux te piquer tes pulls en cachemire ?
Papa, le journal ELLE m’a demandé de t’écrire une lettre, mais j’ai pas le temps. Le téléphone n’arrête pas de sonner, et je dois m’occuper de maman. Tu sais, elle s’en sort bien. Elle est très belle, comme à son habitude. Mes sœurs sont là aussi. On se serre les coudes. Et puis, on a des rendez-vous bizarres au 36, quai des Orfèvres pour récupérer tes affaires. J’avais l’impression d’être dans nos fameux polars qu’on aimait tant tous les deux. Et puis, aux pompes funèbres, pour te choisir une urne et un bout de terrain. On n’y pense pas, mais c’est plus difficile de choisir une urne qu’une paire de chaussures Prada. J’aimerais bien garder l’urne avec moi, je te baladerais dans mon sac, je te mettrais à côté de mon lit.
Papa, je me pose la question. Est-ce que t’as souffert ? Parce que c’est ça qui m’angoisse, tu sais. J’ai peur que t’aies eu peur, j’ai peur que t’aies eu mal. Mais ils ne t’ont touché qu’à la poitrine, alors, les bobos, on les voit pas.
T’es beau, tu sais, avec ce drap blanc qui t’enveloppe. T’as même l’air heureux. J’ose pas trop m’approcher, tu m’en veux pas ?
Je voudrais être capable de t’embrasser pour la dernière fois, mais j’y arrive pas. J’ai demandé à la dame de l’Institut médico-légal si on pouvait t’empailler mais elle m’a dit que c’était pas possible.
Papa, on dirait que tu dors.
Mais tu dors pas, t’es mort.
Pour dehors, Wolinski est vivant.
Mais, pour moi, t’es plus là.
Elsa a perdu son papa. »

Bien que trop idéaliste, et je m’en rends bien compte, j’essaye de croire en l’humanité des hommes. Et je pense que ce qui m’a le plus blessé c’est de voir combien le chemin à faire était encore long. A mes yeux, tuer au nom d’une religion ne peut pas être justifié. Chaque individu à le droit universel de croire en ce qu’il veut, mais dans ce cas, sans en faire souffrir les autres.

Je déteste la période historique des croisades. Elle est très intéressante, certes, mais montre la stupidité et les limites de l’être humain dans la réflexion et l’acceptation des autres. Il parait qu’il est bien d’apprendre l’histoire pour ne pas commettre les mêmes erreurs que dans le passé; s’il vous plait, ne rajoutez pas un chapitre sur les guerres de religion pour les futurs livres d’histoire.

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