Nadja, André Breton

Il ne faut jamais avoir pénétré dans un asile pour ne pas savoir qu’on y fait les fous tout comme dans les maisons de correction on fait les bandits.

Nadja1_525Nadja est un roman autobiographique d’André Breton, écrit en1928 et corrigé par l’auteur en 1962. Sur un ton très neutre et très simple, Breton rend compte « sans aucune affabulation romanesque ni déguisement du réel » des évènements survenus durant les jours suivants la rencontre de Léona Delcourt, surnommée Nadja, à Paris le 4 octobre 1926.

(Il faut savoir que Léona Delcourt fut plus tard internée pour troubles psychiques, et mourut en hôpital psychiatrique dans les années 1940.)

Le roman se compose de trois parties différentes:

  • Une première qui se concentre sur la question « Qui suis-je ? ». Ce n’est ni une introspection ni une analyse psychologique mais plutôt la relation d’anecdotes et d’impressions qui peuvent paraitre insignifiantes à première vue mais ont en commun le fait d’appartenir à la vie et non à la fiction qu’est la littérature. Breton considère que des faits racontent plus d’un individu que de longs témoignages ou bien commentaires. Dans cette partie, Breton s’insurge contre l’idée que les romanciers peuvent créer des personnages qui seront distinct d’eux mêmes ou d’autres vrais individus. Ensuite vient une séquence d’évènements rapportés sans ordre chronologique: la rencontre avec Paul Eluard, la visite de Lise Meyer au Bureau de recherches surréalistes ainsi des comptes rendus de pièces de théâtre.
  • La seconde partie du livre se concentre sur la relation entre Breton et Nadja qu’il rencontra dans une rue de Paris en octobre 1926. Pauvrement vêtue, la tête haute, les yeux maquillés, il l’aborde et elle ne le repousse pas. Cette relation commence le 9 et se finira le 13. De son vrai nom Léona, elle se fait appeler Nadja « parce qu’en russe c’est le commencement du mot espérance, et parce que ce n’en est que le commencement ». Au fil des jours, Breton devient mécontent de lui: il n’est pas amoureux de Nadja, et pourtant, il s’ennuie lorsqu’il ne la voit pas.
  • La troisième partie du livre débute par une réflexion de Breton sur l’intérêt que l’on peut porter à un livre une fois achevé. L’histoire de Nadja est terminée mais elle se poursuit par la célébration de sa nouvelle passion amoureuse, Suzanne Muzard.

Le Surréalisme est un mouvement culturel, littéraire et artistique qui nait au début des années 1920, connu pour ses oeuvres d’art et oeuvres littéraires marquantes. Le but de ces artistes étaient de représenter la contradiction qui existe entre les rêves et la réalité. Ils représentaient de manière photographique des scènes troublantes et illogiques, créent des créatures étranges à partir d’objets que l’on peut rencontrer tous les jours et ont développé des techniques de peinture qui permettaient à l’inconscient de s’exprimer ainsi que des idées et des concepts jusqu’alors retranchés au fond de l’inconscient. Ces procédés de création utilisaient toutes les forces psychiques telles que l’automatisme, le rêve et l’inconscient totalement libérées du contrôle de la raison et de l’emprise des valeurs de la société. C’est en 1924 qu’André Breton le définit dans le premier Manifeste du Surréalisme comme un « automatisme psychique pur, par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre matière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé oar la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale (…) ».

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Les surréalistes ont beaucoup étés influencés par le travail de Freud concernant l’inconscient et les symboles représentatifs d’éléments de l’inconscient. Seulement, ce qu’ils n’aimaient pas de son travail était que, contrairement à lui, ils considéraient la liberté de l’esprit possible par le biais de la liberté de l’inconscient. C’est à dire qu’il fallait que l’inconscient soit libéré pour pouvoir atteindre cette liberté d’esprit utile à leur mouvement. Nadja, elle, en est l’incarnation. De part sa folie, elle fait parler son inconscient qui devient donc son « conscient ». Breton en fit sa muse, car elle était intéressante en tant qu’expression de cet inconscient pur et honnête. Mais dès qu’elle était « compréhensible », elle devenait ennuyeuse. Dans ce roman, André Breton est en train de remettre en question si la folie de Nadja était vraiment de la folie ou seulement l’expression d’un inconscient trop souvent refoulé. Selon les surréalistes, la folie est un état qui devrait être célébré car c’est un moment où l’inconscient remplace le conscient. Nadja est l’exemple parfait de cet état dans la vie de tout les jours, car son existence est basée sur l’aléatoire, rien n’est prévu, tout est hasard.

Ayant lu le livre en anglais je suppose ne pas avoir eu un « vrai » ressenti que ce qu’une oeuvre en version originale pourrait donner mais lorsque que j’ai tourné la dernière page, je dois avouer avoir méchamment ‘pokerfacé’. Et ce, parce que le livre m’a donné l’impression d’être un amas de petites anecdotes et de faits divers empilés les uns sur les autres. Quelque chose de non fini et de peu travaillé; mais en même temps, il ne faut pas oublier que c’était un peu le but.

Il se peut que je ne conçois pas encore entièrement le mouvement et ses fils, mais il me semblait lire le journal d’un homme trop intéressé par une femme vraiment douteuse. Je me rends bien compte que les années 20 étaient bien plus libres que maintenant, mais il ne faut pas se voiler la face, c’était aussi une époque où régnaient beaucoup de codes en société. Une femme qui erre dans la rue, se fait accoster par un homme et ne trouve rien de douteux à ceci est elle même douteuse. Ensuite, ces dessins, qui sont inclus dans le livre, sont vraiment dérangeants et laissent à désirer… Des sirènes, des chats bizarres, des fleurs à pétales en formes d’yeux qui ont deux regards distincts… Tout cela m’a mis mal à l’aise et je me demandais pourquoi l’auteur en faisait un « si grand plat ». Toutefois, cela reste un livre très intéressant à lire et très facile d’accès. Lu en parallèle du travail de Freud sur le rêve, et analysé un peu grâce aux idées exposées dans ses écrits, on se rend compte de l’importance de l’inconscient dans le mouvement surréaliste et un comprend donc pourquoi tant d’importance était apporté à cette Nadja. Entre l’hôtel où elle résidait, et ses promenades dans la rue, cette femme faisait de sa vie ce que Dali, très connu pour ses tableaux représentants des rêves tout à fait extraordinaires, faisait de ses peintures.

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