Suite Française, Irène Némirovsky (Dir. Saul Dibb)

Les étoiles commençaient à paraitre, des étoiles de printemps qui ont un reflet argenté. Paris avait sa plus douce odeur, celle des marronniers en fleur et de l’essence avec quelques grains de poussière qui craquent sous la dent comme du poivre. Dans l’ombre, le danger grandissait.

Suite Française est le titre d’une série de cinq romans d’Irène Némirovsky écrit en 1942 mais publié en 2004. C’est en juillet 1942, alors qu’elle mettait le dernier point au deuxième roman de la série, que Némirovsky fut arrêtée et déportée en tant que juive. D’abord détenue à Pithiviers, elle fut envoyée à Auschwitz où elle mourut. Ce sont ses deux filles, sauvées par leur gouvernante, qui prirent soin du cahier dans lequel elle avait écrit et qui ont finalement décidé de le faire parvenir au plus grand nombre 50 ans plus tard.

Comme Suite Française a été publié dans son état de manuscript/brouillon, il n’y a que deux grandes parties.

La première, Tempête en Juin se concentre sur la fuite des habitants de Paris. Toutes classes confondues se mettent en route pour le Sud dans l’espoir de franchir la ligne de démarcation le plus rapidement possible et échapper aux troupes Allemandes qui marchent sur la capitale. Il y a les Péricands, une famille plutôt aisée et nombreuse qui laisse la mère débordée – tellement qu’elle en oublie son beau-père lorsqu’ils ont du fuir un incendie; Gabriel Corte, un écrivain un peu pompeux et égoïste qui se croit mieux que tout le monde; Langelet, un esthète tout aussi vache que Corte qui n’aura donc que ce qu’il mérite; et les Michaud un vieux couple proche de la retraite qui ont un courage sans limites, et qui sont aussi adorables que… Que la petite mamie toute heureuse quand tu lui cèdes ta place à la caisse. Il y a des incendies, des bombardements, des fusillades, des morts au bord de la route, des soldats blessés qui se cachent des troupes, des pots-au-vin pour avoir un repas décent, un peu de bonté de temps à autre, vite remplacée par de l’égoïsme pur et dur, des trahisons et des mensonges.

Ensuite vient Dolce, une seconde partie beaucoup plus douce et calme comme son nom l’indique. Elle se déroule à Bussy, petit village de la région Centre où des Allemands se retrouvent à loger chez l’habitant pendant l’occupation et ce, jusqu’à ce qu’ils entrent en guerre avec la Russie. Un soldat de haut grade, Bruno, séjournera chez les Langellier, une très bonne famille du village. Seules la mère et la belle-fille – Lucile – s’y trouvent encore, le maitre de maison étant un prisonnier de guerre. Cette partie est beaucoup plus champêtre, romantique et… Je voulais dire humaine mais la première l’est aussi. On y voit les petites habitudes des villageois, on retrouve certains personnages de la première partie, on voit les manigances des riches avares qui ne veulent rien partager alors qu’ils ont les fermiers à charge… Un vrai petit village français ou tout le monde se connait, tout le monde parle et rien n’est secret. On voit les vieux aigris qui haïssent les soldats allemands au plus profond de leur être et les jeunes qui ne voient en eux qu’un semblable dans la même situation désolante. Bien que mariés tous les deux, Bruno et Lucile se rapprocherons au grand dam de la belle mère acariâtre et (trop) fière de son fils. Tous deux se sentant seuls et contrôlés à la manière de marionettes par des forces qui pour eux n’ont que très peu de sens, mais le patriotisme prenant le dessus rien ne se passera entre eux et ils se quitteront pour ne plus jamais se revoir.

Des deux parties j’ai préféré la deuxième, et ça je le dois évidemment à mon côté un peu fleur bleue. Ce n’est pas que je n’ai pas apprécié la première, mais plutôt que je n’ai pas apprécié la face cachée de l’homme que Némirovsky nous dévoile au fil du récit. Evidemment je suis consciente qu’elle existe mais j’ai tendance à croire (et espérer) qu’il y a plus de bien que de mal dans une personne et que la compassion est vraiment quelque chose de réel. Dans la seconde partie il y a des passages vraiment poétiques et imagés, un peu irréels et féériques – surtout quand le printemps pointe le bout de son nez et fait fleurir tous les arbres fruitiers – qui m’ont transporté dans un endroit où je pourrais rester des heures. Seulement deux pages plus loin un sujet beaucoup plus sérieux et accablant était introduit ce qui ramène immédiatement le lecteur a la réalité de ce qu’était l’occupation.

Malgré cela deux parties sont très intéressantes à elles deux et je pleure le fait qu’il n’y ai pas les trois autres pour les compléter. Il me semble que Némirovsky voulait composer ce livre à la manière d’une oeuvre de Bach et il nous manque donc une belle chute pour clore cette histoire pleine de promesses.

Pour ce qui est du film… Hollywood, quand comprendras-tu que lorsqu’un livre se fait adapter au cinéma, ce n’est pas la peine de tout rendre cliché ? Némirovsky a rendu la petite idylle entre le soldat et la française tellement délicate et subtile, qu’elle nous laisse même en deviner ou imaginer la moitié. La conversation la plus importante entre les deux nous est contée de la bouche d’une petite fille qui se cache dans les hautes herbes, qui admire une coccinelle sur sa main, qui rigole en regardant le ciel, tout en entendant que des bribes de ce qu’ils se disent. Non dans le film, tout nous est servi sur un plateau d’argent de la manière la plus obvious possible (aussi connu sous le nom de « pour te montrer combien je penserai à toi une fois parti, je vais te composer un morceau de piano » ce qui n’est pas, mais alors pas du tout dans le livre). Malgré le casting phénoménal du film, je grince un peu des dents. La seule chose qu’il faut retenir, c’est une bande originale très très belle et agréable.

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