Une Chambre à Soi, Virginia Woolf

Sur l’autre rive des saules, chevelure éparse, continuaient de se lamenter.

Une Chambre à Soi est un long essai de Virginia Woolf paru en 1929. Il est basé sur des conférences qu’elle a données à Newham College et Girton College; deux écoles pour femmes au sein de Cambridge. Même si ce long essai est une narration fictive qui explore le rôle des femmes en tant qu’écrivain et en tant que personnages de fiction, le manuscript qui transcrivait ces conférences – intitulé « Les Femmes et la Fiction » – est considéré comme de la non-fiction. Cet essai est généralement considéré comme un texte féministe, et traite de la position littérale et figurée de la femme écrivaine au sein d’une tradition littéraire dominée par un système patriarchal.

Après avoir lu quelques biographies de Virginia Woolf, j’ai du me rendre à l’évidence: son écriture reflète vraiment beaucoup son état de dépression. Je ne sais pas si c’est personnel, ou que d’autres personnes s’en sont rendus compte lors de leur lecture, mais son style, les mots choisis, le ton, la manière de composer les phrases, les coupures… Tout rend son travail vraiment très mélancolique et morose. Ce n’est pas une critique, bien loin de là. Je trouve juste que ça apporte plus de profondeur, plus de poids, plus de perspective.

Deux passages m’ont beaucoup marquée lors de ma lecture, que ce soit pour leurs vérités ou pour les idées que Virginia Woolf a décidé de coucher sur papier.

Un premier, dans le deuxième chapitre, où elles écrit que les femmes ne servent en réalité, que des miroirs pour les hommes. Et en plus de ça, qu’elles avaient l’habilité de réfléchir une image deux fois plus grande que nature; ce qui a donné assez de courage et d’importance à l’homme pour tout entreprendre et faire avancer l’humanité. D’où son « C’est pourquoi Napoléon et Mussolini insistent tous deux avec tant de force sur l’infériorité des femmes; car si elles n’étaient pas inférieures, elles cesseraient d’être des miroirs grossissants ». Alors si la femme se met à réagir négativement à l’image de l’homme, il ne s’en trouve que rétrécit. Mais si les femmes sont des miroirs grossissants, pourquoi le sont-elles ? D’où leur vient cette capacité a renvoyer à l’autre une meilleure image de lui-même ?

Cela me fait penser au terme de « femme trophée » que l’on peut trouver dans les langues anglophones (il ne me semble pas vraiment l’avoir rencontré en milieu francophone…) et qui veut littéralement dire ce qu’il veut dire. A l’époque Victorienne, les femmes n’avaient à peu près aucun autre choix que de se marier et élever les enfants qu’elle aura avec son mari. Le mari subvenait à tous ses besoins, et lors de ses sorties, la qualité ou bien même la marque de ses habits, les choses à la dernière mode, son attitude, ses bijoux, son moyen de transport etc montrait aux autres une très bonne image de son mari. En gros « Lui, il est vraiment capable de pourvoir aux besoins de sa famille, quel bon homme ». Elle est miroir car elle est rendue miroir par ceux qui veulent se regarder dans le miroir. Des mini versions de la belle mère de Blanche-Neige ?

Ensuite, le passage qu’elle introduit à la fin de son essai, quand elle conclue un peu sur son idée que chaque femme en désir d’écrire devrait avoir à son nom une chambre et de l’argent (ce qui était donc assez difficile à l’époque). Elle en vient à la création littéraire elle même, et fait une remarque intéressante en relation avec ce qu’elle avait pu dire dans les chapitres précédents (entre autre que les oeuvres écrites par des femmes avaient moins de valeur que celles des hommes car elles avaient été écrites par des ‘femmes’): pour écrire, il faut être homme ET femme. Les deux à la fois. c’est à dire que les deux sont égaux, c’est une symbiose, il faut l’un pour que l’autre fonctionne.

« Quoi qu’il en soit, la première chose que j’aimerais écrire ici, dis-je, traversant la salle pour me rendre auprès du bureau, puis prenant le feuillet qui porte l’en-tête « Les femmes et le roman », c’est qu’il est néfaste pour celui qui veut écrire de penser à son sexe (…) L’art de création demande pour s’accomplir qu’ait lieu dans l’esprit une certaine collaboration entre la femme et l’homme. »

Pour conclure, je vais dire comme beaucoup de personnes que c’est un livre qu’il faut absolument lire si on s’intéresse un tant soit peu à la cause féministe et à son importance dans les mouvements sociaux et culturels qui ont commencé à la fin du XIXème siècle. Dans un essai tout un délicatesse et poésie, qui suit une Virginia qui se promène et nous raconte son voyage, elle nous démontre son argument sans chichis ni fioritures. Elle nous dit juste sa vérité. Elle ne la cache pas. Et elle m’a enchantée.

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