Comment cuisinait-on le Macaroni au XVIIIème siècle ?

There is indeed a kind of animal, neither male nor female, a thing of the neuter gender, lately started up among us. It is called a macaroni. It talks without meaning, it smiles without pleasantry, it eats without appetite, it rides without exercise, it wenches without passion.(1)

Contrairement à ce que vous pouvez penser, le macaroni n’a pas seulement désigné la célèbre pâte italienne que les américains aiment cuisiner avec du fromage mais aussi le dandy du XVIIIème siècle. « Les dandys, les fats, les vaniteux, les farauds existeront toujours, mais aucun d’entre eux ne pourra rivaliser avec les macaronis. Leurs coiffures gigantesques, leurs vêtements voyants, leurs talons hauts et leur façon d’utiliser le lorgnon furent uniques dans l’histoire de la mode.

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Au cours du XVIIIème siècle, le Grand Tour – un voyage à travers l’Europe – souvent fait en compagnie d’un tuteur, était considéré comme une étape essentielle de l’éducation de tout jeune Européen de bonne famille. L’expérience était censée être éminemment éducative. Mais au grand dam de leurs ainés, au lieu de revenir la tête pleine d’images des trésors de la Renaissance et des ruines antiques, certains de ces jeunes dandys au port mince et élancé, revinrent contaminés par les « manières étrangères »: parfums fleuris, minauderies et tenues sexuellement indéterminées. Comme on pensait que toutes ces perversions venaient essentiellement d’Italie, on surnomma les jeunes gens des macaronis.

L’authentique macaroni était maniéré à l’excès, parlait avec une voix haut perchée, portait des culottes blanches, un gilet court au manches ajustées, un habit en général garni de boutons fantaisie et de dentelle, un lorgnon et une énorme perruque. Les caricaturistes croquaient avec délectation ces perruques parfois hautes d’un mètre, agrémentées de boucles, d’un gros catogan qui tombait jusqu’à la taille et surmontées d’un minuscule tricorne.

A une époque où les commerçants mettaient un point d’honneur à soigner la sobriété de leur tenue en gage de leur sérieux, les macaronis, affublées de couleurs pastel, de vert pomme, d’orange vif, de soie, de brocart et de paillettes, de souliers à talons rouges et boucles souvent ornées d’un ou deux diamants, provoquaient une certaine consternation. On parle souvent d’un Club de maraconis mais on ne sait pas si cela désigne un lieu réel ou seulement un état d’esprit. Pour le comte de Chesterfield il s’agissait sans conteste d’un lieu réel, puisqu’il déconseilla ç son filleul de jamais le fréquenter.

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Plus tard, le terme de macaroni acquit des acceptations plus larges. Il signifiait « quelque chose à la mode », comme dans l’expression « Oh, c’est très macaroni ce que vous portez ! », la notion d’excès était implicite.

En raison de l’adoption des macaronis de toutes les modes et coutumes étrangères, le terme fut aussi utilisé pour signifier anti-patriote ou traître. Lorsqu’au XVIIIème siècle, Charles James Fox, anti-esclavagiste et partisan de la Révolution Française, se fit traiter de macaroni, il est difficile de savoir si on se référait à son épaisse chevelure, à son humanitarisme ou s’il s’agissait d’une insulte homophobe. Ses portraits, qui dépeignent un homme corpulent, d’une tenue d’une grande sobriété, laissent penser que l’hypothèse d’une insulte relative à sa chevelure et peu probable. »

Extrait d’Extravagances de B. Cox, CS. Jones, D. & C. Stafford (Eyrolles, 2013)

3d6f7fa316c6d75d1581451669af6b6aTout ça pour vous dire que, lorsque je suis tombée sur la photo d’un lot de Christie’s qui m’a énormément plu, des rides de questionnement sont apparues sur mon front quand j’ai vu le titre: A Lady’s ‘macaroni’ jacket of green striped silk and an embroidered skirt. France, both late 18th century. Macaroni ? Mais pourquoi macaroni ? N’est ce pas un terme attribué à des hommes qui se comportaient de manière efféminée ? Ou alors est ce que ce petit pierrot est inspiré de quelque chose de masculin ? Je ne sais pas trop… Je vais encore faire de la recherche et demander sur les forums de couture j’espère que ça m’éclairera un peu !

(1) The Oxford Magazine, 1770, quoted in Joseph Twadell Shipley, The Origins of English Words: A Discursive Dictionary of Indo-European Roots (JHU Press)

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