La valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Guenassia

La valse des arbres et du ciel est un roman de Jean-Michel Guenassia publié le 17 août 2016 pour la rentrée littéraire de l’année.

« Auvers-sur-Oise, été 1890. Marguerite Gachet est une jeune fille qui étouffe dans le carcan imposé aux femmes de cette fin de siècle. Elle sera le dernier amour de Van Gogh. Leur rencontre va bouleverser définitivement leurs vies. Jean-Michel Guenassia nous révèle une version stupéfiante de ces derniers jours. Et si le docteur Gachet n’avait pas été l’ami fidèle des impressionnistes mais plutôt un opportuniste cupide et vaniteux ? Et si sa fille avait été une personne trop passionnée et trop amoureuse ? Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé ? Et si une partie de ses toiles exposées à Orsay étaient des faux ? … Autant de questions troublantes que Jean-Michel Guenassia aborde au regard des plus récentes découvertes sur la vie de l’artiste. Il trouve des réponses insoupçonnées, qu’il nous transmet avec la puissance romanesque et la vérité documentaire qu’on lui connaît depuis Le Club des incorrigibles optimistes. »

Dans le roman, il y a 3 thèmes principaux qui sont traités tout au long de l’histoire

Premièrement, l’Art, car sont évoqués les peintres comme Pissaro, Monet, Manet, Cézanne ou bien même Zola ; un peu toutes ces grandes figures de l’art de cette fin de siècle, ainsi que le Salin des Refusés qui fut créé en 1863 en marge du Salon Officiel, qui est l’illustration de l’émergence d’une modernité de la peinture en opposition avec le classicisme. Le roman se retrouve accessoirement dans le thème des sorties cinématographiques de la rentrée avec le film Cézanne et Moi de Danièle Thompson avec Guillaume Canet et Guillaume Galliène. Est représenté aussi ce milieu de l’art qui est très mal considéré si on ne réussi pas, avec par exemple le Dr Gachet qui refuse à ses deux enfants de réaliser leurs rêves (devenir poète ou artiste peintre). De plus, Guénassia écrit aussi la place des femmes dans l’art car il nous présente une école d’art pour femme qui évolue en marge des Beaux-Arts, ce qui induit le second grand thème du livre qu’est le féminisme.

En effet, est évoqué de manière récurrente la place des femmes à la fin du XIXème siècle, notamment dans la figure de Marguerite. En effet elle qui veut devenir peintre et entrer aux Beaux-Arts, tente de s’émanciper de son père tout-puissant qui n’accepte aucun de ses choix malgré le fait qu’elle aie obtenu le baccalauréat (qui a l’époque était moins bien considéré qu’aujourd’hui et semblait être une institution vouée à disparaitre); elle a de grandes idées qui sont complètement écrasées par la volonté patriarcale – elle est même déjà promise à quelqu’un – et je trouve que c’est un peu ce qui l’a poussée à tenter le diable… Nous avons ici un énième portrait de ce qu’était la véritable situation des femmes de cette époque. Cette notion de véritable induit le dernier grand thème qui est la Vérité.

Par Vérité,  il faut entendre que Guénassia nous offre une nouvelle réponse au mystère de la mort de Van Gogh et son personnage Marguerite est là pour nous raconter ce qu’il s’est vraiment passé en cette fameuse journée de 1890. Son personnage est là pour réintroduire la « vraie vérité » dans ce que le grand public considère comme étant la vérité. Dès la première ligne du roman qui commence sur « Je tiens à être honnête… ». L’auteur nous donne aussi une nouvelle réponse à l’affaire des faux Van Gogh d’Orsay qui a pointé le bout de son nez dans les années 1990.

Concernant l’écriture et la construction du roman

Le roman n’a ni chapitres ni grandes parties mais ça ne veut pas dire pour autant, que le récit se déroule de manière très chronologique. Il y a un léger va et vient dans le temps, c’est un récit discontinu entrecoupé par des coupures de journal, lettres et articles. Comme nous nous trouvons à lire un roman qui se dit relater la « vérité », ces coupures sont là pour venir nous ancrer dans un réel, cela souligne la véracité des faits et des évènements qui se sont passés dans cette petite ville. Elles ne sont cependant pas constamment contemporaines au récit (certaines remontant aux années 1870 ou alors à quelques mois plus tôt) et forment donc des pauses narratives qui avec un peu de recul, créent de petits ellipses au sein du roman et s’apparentent à des prises de respiration.

Tout au long du roman on voit donc s’alterner plusieurs types d’écritures : le style journalistique avec les coupures de journaux et d’articles du monde entier ainsi que le La lanterne, ce quotidien radical-socialiste que Van Gogh lisait et aussi des faits historiques concernant l’affaire Dreyfus qui s’est déroulée un peu avant, des circulaires ministérielles datées des années 1890 qui démontrent une atmosphère étouffante et les prémices de la Première Guerre Mondiale, mais également un peu de style épistolaire avec l’incorporation d’extraits de lettres échangées par Vincent et ses proches ; ainsi qu’un récit à la première personne en focalisation interne, celui de Marguerite qui nous raconte les évènements de son point de vue à elle ; elle a 80 ans quand elle commence son histoire, et 19 lorsqu’elle la vit. D’une page à l’autre, on ne sait pas très bien laquelle des deux s’exprime. Le style nous fait presque penser à une dernière confession, ce qui est plus ou moins confirmé par le dernier paragraphe où la narratrice nous dit « Je suis Marguerite van Gogh. Madame Marguerite Van Gogh. La femme de Vincent. Je suis vieille et fatiguée, je vais bientôt partir, et je ne regrette pas de quitter cette terre de malheur. »

Guenassia joue aussi beaucoup sur son vocabulaire pour décrire la peinture. Les mots sont utilisés pour faire apparaître le style de Van Gogh aux yeux du lecteur. L’écriture en est presque sensorielle : il s’agit de visualiser la peinture dans son état le plus brut, le plus cru et le plus naturel. Il n’est pas question de rendre romantique la vue de Van Gogh en train de peindre comme on peut se l’imaginer après tous les stéréotypes qu’on a pu rencontrer. A la même manière que les impressionnistes, l’écrivain se sert des mots pour créer un ressenti chez le lecteur.

Pour vous parler un peu de ce que je n’ai pas aimé, je vais me lancer la narratrice. Eh oui, je ne l’ai pas aimée. Marguerite, qui a bien existé, comme son père et a été représentée deux fois de façon certaine sur des toiles de Van Gogh, est présentée comme niaise, stéréotypée, une pimbêche obnubilée par cette figure de peintre incompris qu’elle seule sait déchiffrer qu’elle en perd son attrait. Malgré le fait qu’elle soit ambitieuse, qu’elle supplie son père de pouvoir intégrer les Beaux-Arts, qu’elle souhaite quitter la France pour les Etats-Unis, elle devient au fur à mesure du récit, une têtue insupportable qui répète tout le temps « Vincent apprend moi à peindre ». Marguerite sait peindre, recopier à la perfection un tableau, elle n’est juste pas artiste. Plutôt passive dans sa relation avec le peintre, elle lui donne un aspect de conte de fée, elle se décrit comme femme aimante et loyale, comme s’ils avaient la relation parfaite. Elle a des étoiles plein les yeux. Au final, l’auteur nous livre un personnage « féministe » stéréotypé malgré le vouloir bien faire.

Je vais continuer sur la couverture, un choix que j’ai trouvé beaucoup trop facile de la part de la maison d’édition. Ils ont choisi un détail du tableau de Van Gogh appelé La Nuit Etoilée datant de 1889. Le détail avec la lune. Pour vous rappeler, le tableau ressemble à ça. Un tableau qui a inspiré le titre ? Non mais d’accord, c’est l’histoire de Van Gogh, mais c’est aussi celle de Marguerite ! Et en plus ? L’histoire se passe un an après la réalisation de ce tableau. Honnêtement, c’est vraiment un choix de « Ah je connais cette toile, aller, les gens vont reconnaître c’est sûr ».

En conclusion, on peut dire que Jean-Michel Guénassia aborde le sujet de la mort de Van Gogh de façon intéressante au regard des plus récentes découvertes sur la vie de l’artiste ; et trouve des réponses insoupçonnées aux questions que nous nous posons encore aujourd’hui. Malgré les quelques points négatifs que j’ai pu trouver, ce roman reste une lecture magnifique, d’une écriture de grande qualité et parsemée de belles réflexions poétiques, comme cette dernière citation de Van Gogh que nous trouvons proche de la fin du roman.

                  « Vois-tu, il est des moments dans la vie où tout, en nous aussi, est paix et harmonie, et où la vie entière nous paraît un chemin à travers la bruyère. » Vincent Van Gogh, 1878.

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